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Analyse technique : par où commencer et quoi ignorer

Gap en bourse : définition, quatre types et comblement

Mis à jour le 05/09/2026

« Un gap finit toujours par se combler. » L’adage circule dans toutes les salles de marché, et il est à peu près vrai sur un horizon infini. Sur un compte de trading, il ne vaut rien : la question n’est pas de savoir si le trou sera rebouché, mais quand, et par quel chemin. Un gap en bourse, c’est une zone de prix où aucune transaction n’a eu lieu entre deux bougies consécutives. Il apparaît quand une information tombe pendant que le marché est fermé et que le carnet d’ordres règle l’addition d’un coup à l’ouverture.

Contrairement aux figures de retournement ou de continuation décrites dans notre guide figures chartistes, un gap ne se dessine pas sur plusieurs semaines : il existe dès la première seconde de cotation. Son sens dépend de trois choses, sa position dans la tendance, le volume qui l’accompagne et ce que le prix en fait dans la demi-heure qui suit.

Le piège classique consiste à décider dès le matin de quel type de gap il s’agit. On ne le sait qu’après coup. Le travail consiste à lire le contexte avant l’ouverture et la réaction juste après, sans jamais prendre l’écart lui-même pour un signal.

Un gap, c’est un trou de cotation, pas une simple ouverture en hausse

Une action qui clôture à 40 € et ouvre à 40,60 € n’a pas forcément gapé. Si le plus haut de la veille était à 41 €, la bougie du jour chevauche celle d’hier et le graphique ne montre aucun trou. On parle alors d’ouverture en hausse ou, au mieux, de gap partiel. Le gap plein, celui que le chartisme étudie, exige que le cours d’ouverture sorte du range de la veille : au-dessus du plus haut pour un gap haussier, sous le plus bas pour un gap baissier.

À retenir

Qu’est-ce qu’un gap en bourse ? Une zone de prix non cotée entre deux bougies consécutives, sur n’importe quelle unité de temps. Il n’est visible qu’en chandeliers ou en barres : un graphique en ligne relie les clôtures entre elles et l’efface.

Le mécanisme est purement technique. Sur Euronext Paris, les ordres s’accumulent de 7h15 à 9h00 sans s’exécuter. À 9h00, le fixing d’ouverture croise toute l’offre et toute la demande et sort un cours unique. Si les vendeurs ont déserté le carnet pendant la nuit, ce cours d’équilibre se cale plusieurs pour cent au-dessus de la veille, et aucune transaction ne s’imprime entre les deux niveaux. Le trou est né avant même que la cotation en continu démarre.

Le même trou peut apparaître en pleine séance sur une valeur peu liquide, ou après une suspension de cotation dans l’attente d’un communiqué : la reprise se fait au prix que le carnet accepte, pas à celui où le titre s’est arrêté. Sur les petites capitalisations cotées au fixing, chaque fixing peut décaler : les gaps y sont du bruit, pas un signal.

Pourquoi le cours saute : le marché était fermé, pas l’actualité

Un gap a presque toujours la même origine : une information est arrivée pendant une fenêtre sans cotation. Résultats publiés après la clôture, avertissement sur les objectifs, changement de recommandation, décision de banque centrale, événement géopolitique du week-end. Les investisseurs ont eu des heures pour se faire un avis et placent leurs ordres avant l’ouverture. Le fixing ne fait que constater le nouveau consensus.

Deux gaps n’ont rien à voir avec une information, et ils piègent régulièrement les débutants. Le détachement de dividende d’abord : le jour où une action détache 1,50 € de coupon, elle ouvre mécaniquement 1,50 € plus bas, à offre et demande inchangées. Ce n’est pas une baisse, l’actionnaire a reçu la différence, et les graphiques « ajustés » gomment ce décalage. Le split ou regroupement d’actions non ajusté par ton fournisseur de données ensuite : le gap n’existe que sur ton écran. Vérifie ces deux cas avant d’interpréter quoi que ce soit.

Où les gaps apparaissent, et pendant quelle coupure.
MarchéFenêtre sans cotationGap typique
Actions Euronext ParisChaque nuit après le fixing de clôture, les week-ends et cinq jours de fermeture complète en 2026 (dont Vendredi saint, lundi de Pâques, 1er mai, 25 décembre)Gap d’ouverture à 9h00, surtout sur résultats
Indices futures CME (ES, NQ)Pause quotidienne d’une heure vers 23h heure de Paris, et du vendredi soir au dimanche soirGap du dimanche soir à la réouverture
Forex au comptantDu vendredi soir au dimanche soir, vers 23h heure de ParisGap du dimanche soir, souvent de quelques pips
Cryptos au comptantAucunePas de gap, sauf panne de plateforme
Futures bitcoin CMEDeux heures de maintenance le samedi depuis le 29 mai 2026, contre tout le week-end auparavantLe « CME gap » a pratiquement disparu

Deux détails de calendrier valent le coup d’être retenus. La Bourse de Paris cote le 8 mai et le 14 juillet, mais reste fermée le Vendredi saint : le calendrier boursier ne suit pas celui des jours fériés. Et le fameux « CME gap » du bitcoin venait uniquement des futures de Chicago, fermés du vendredi soir au dimanche soir alors que le comptant cotait sans interruption. Depuis le 29 mai 2026, ces contrats cotent 24 h/24 et 7 j/7, avec deux heures de maintenance le samedi : le gap de week-end sur le bitcoin appartient au passé.

Les quatre types de gaps se ressemblent le matin, pas le soir

La typologie classique distingue quatre gaps. Elle est utile à condition d’accepter sa limite : le gap de rupture et le gap d’épuisement ont exactement la même tête à 9h01. Seuls le contexte et la suite les départagent.

Les quatre types de gaps et leur lecture.
TypeOù dans le mouvementVolumeComblementCe que tu en fais
CommunDans un range, sans catalyseurFaibleRapide, souvent dans la séanceRien, ou un fade prudent
Rupture (breakaway)Sortie d’un range ou d’une figure, catalyseur netFortRare à court terme, les bords deviennent support ou résistanceDans le sens du gap, après confirmation
Continuation (de mesure)Milieu d’une tendance déjà lancéeFortPas avant la fin de la tendanceProjection : le gap marque souvent la moitié du mouvement
Épuisement (exhaustion)Fin d’un mouvement étendu, dernière pousséeTrès fort, puis retombéeRapide, en une à trois séancesRetournement, une fois le comblement engagé, jamais avant

Le gap commun apparaît sans catalyseur, en période creuse ou sur des valeurs peu suivies. Le gap de rupture sort le prix d’un range ou d’une figure de consolidation, avec un volume nettement supérieur à la moyenne, et ouvre une tendance ; ses bords servent ensuite de support ou de résistance. Le gap de continuation, ou gap de mesure, survient au milieu d’un mouvement déjà lancé, souvent quand les vendeurs à découvert rachètent en panique. La convention chartiste le place à mi-parcours : la distance parcourue avant le gap donne un ordre de grandeur de ce qui reste, pas un objectif garanti.

Le gap d’épuisement clôt un mouvement étendu. Le volume explose, les retardataires entrent, puis le prix refuse de faire de nouveaux plus hauts et revient combler dans les séances suivantes. Le seul test fiable pour le distinguer d’une rupture : d’où vient le prix. Un gap qui suit trois semaines de range et casse une résistance a le profil d’une rupture. Le même gap après une hausse de 30 % en un mois, sur un titre dont tout le monde parle, a celui d’un épuisement. Le volume aide peu, il est élevé dans les deux cas.

Comblement de gap : l’adage se vérifie, il ne se trade pas

Un gap est comblé quand le prix revient coter dans la zone vide jusqu’au niveau d’où il est parti : la clôture de la veille pour un comblement total, le plus haut ou le plus bas de la veille pour le début du comblement. Un retour à mi-chemin est un comblement partiel, et ce niveau à 50 % est surveillé par beaucoup d’intervenants.

Les pourcentages qui circulent sur le comblement de gap (« 80 % des gaps sont comblés », parfois 90 %) n’ont pas de source vérifiable et mélangent tout : un gap commun de 0,3 % sur une petite valeur et un gap de 15 % sur un avertissement sur résultats. Sur un horizon infini, presque tous les gaps d’un titre qui survit finissent comblés, et cette information ne vaut rien pour une position tenue trois jours. La seule question utile est le délai probable. Il dépend de la taille du gap rapportée à la volatilité habituelle du titre, du catalyseur et du type identifié.

Deux repères. Un gap commun, sans volume, dans un range, se comble le plus souvent dans la séance ou la suivante. Un gap de rupture sur un catalyseur fondamental (résultats, offre publique, décision réglementaire) peut rester ouvert des mois : le marché a repricé le titre, rien ne l’oblige à revenir chercher l’ancien cours. Parier sur le comblement d’un gap de rupture, c’est trader contre l’information.

Lire un gap à l’ouverture, en quatre étapes

La lecture se fait avant 9h00 et dans la demi-heure qui suit. La grille tient en quatre étapes, sans indicateur exotique.

  1. Mesure le gap et vérifie qu’il est plein

    Compare le cours d’ouverture indicatif au plus haut et au plus bas de la veille, puis rapporte l’écart à l’amplitude quotidienne moyenne du titre (ATR). Un gap de 0,5 % sur une valeur qui bouge de 3 % par jour est du bruit.

    2 MIN
  2. Identifie le catalyseur

    Résultats, objectifs revus, note d’analyste, macro, ou rien du tout. Détachement de dividende ou split non ajusté : gap mécanique, tu arrêtes là.

    3 MIN
  3. Situe le gap dans la structure

    Sortie d’un range ou d’une figure : profil de rupture. Milieu d’un mouvement : continuation. Après une extension de plusieurs semaines : suspicion d’épuisement.

    5 MIN
  4. Lis la première demi-heure

    Repère le plus haut et le plus bas des cinq premières minutes et le VWAP. Sur un gap haussier, un prix qui tient au-dessus de son cours d’ouverture confirme la poussée. Un prix qui repasse sous le VWAP annonce souvent le comblement.

    30 MIN

Le gap trading se résume à deux approches opposées, illustrées ici par un exemple de calcul, sans promesse de résultat. Une action clôture à 40,00 €, publie de bons résultats le soir et ouvre à 43,20 €, un gap haussier plein de 8 %. Les cinq premières minutes cotent entre 42,80 € et 43,60 €. En gap and go, tu entres à 43,65 € sur la cassure de ce plus haut, si le volume suit, avec un stop à 42,75 € sous le plus bas. Le risque par action est de 0,90 € : avec 100 € de risque accepté, la position fait 111 actions, pas une de plus. En gap fill, tu attends l’inverse : un retour sous 42,80 € et sous le VWAP dans la première demi-heure, avec la clôture de la veille à 40,00 € comme cible et un stop au-dessus du plus haut d’ouverture. Dans les deux cas, la taille de position découle de la distance du stop, jamais de la conviction.

Attention

Un stop n’est pas une garantie de prix. Si tu es long à 40 € avec un stop à 38,50 € et que le titre ouvre à 34 € après un avertissement, ton ordre s’exécute vers 34 €. La perte fait quatre fois le risque prévu. C’est pour cette raison que beaucoup de prop firms interdisent de garder une position sur le week-end : un gap du dimanche soir sur les indices peut consommer la perte journalière autorisée avant même que tu aies ouvert ta plateforme.

Ce que le gap change dans une figure chartiste

Un gap n’est pas une figure, mais il change la lecture de celle qu’il traverse. Quand la ligne de cou d’un double top ou d’une épaule tête épaule cède sur un gap baissier avec volume, la cassure a beaucoup moins de chances d’être un faux signal : les vendeurs n’ont pas laissé le temps aux acheteurs de défendre le niveau. Le raisonnement vaut à l’envers pour le double bottom (guide), où un gap haussier au-dessus de la résistance intermédiaire fait office de confirmation.

Les figures de continuation en profitent aussi. Un mât de drapeau ou de fanion démarre souvent sur un gap de rupture, et la sortie de la consolidation se fait parfois sur un second gap, de continuation cette fois. Le gap donne alors un ancrage précis pour le stop : sous son bord inférieur pour une figure haussière. Si le prix revient combler entièrement le gap qui a lancé le mât, la figure est invalidée, quelle que soit sa forme.

Gap classique et fair value gap : deux trous qui ne se rebouchent pas pareil

Les traders formés aux Smart Money Concepts parlent de gap à longueur de journée, et ce n’est presque jamais le même objet. Le gap classique est une discontinuité : aucune transaction n’a été enregistrée dans la zone, parce que le marché était fermé ou que le carnet s’est vidé. Le fair value gap est une inefficience : sur trois bougies consécutives, la mèche de la première et celle de la troisième ne se chevauchent pas, parce que la deuxième a été trop rapide. Le prix a bien coté dans cette zone, mais d’un seul côté, presque sans contrepartie.

Les deux se lisent comme des zones à « rééquilibrer », et c’est là que la confusion coûte cher. Le gap classique se traite au niveau de ses bords et selon son type. Le fair value gap se traite comme une zone d’entrée au retour du prix, dans le sens de l’impulsion qui l’a créé, le plus souvent en intraday. Un gap d’ouverture de 8 % sur des résultats n’est pas un FVG géant à combler, c’est un repricing. Pour la logique d’inefficience et ses variantes imbalance et inversion, voir notre fair value gap.

Sur le même sujet, un gap de rupture lance souvent le mât d’un fanion trading, la version triangulaire de la pause en tendance ; pour la version rectangulaire, lire aussi : drapeau trading. Et pour une base longue que le gap vient parfois accélérer à la sortie, lire aussi : tasse avec anse.

FAQ

Un gap haussier est-il un signal d’achat ?

Non, pas en lui-même. Un gap haussier en bourse peut être une rupture qui lance une tendance ou un épuisement qui la termine, et les deux ouvrent de la même façon. Ce qui se trade, c’est la confirmation : un prix qui tient au-dessus de son cours d’ouverture et de son VWAP dans la première demi-heure, avec du volume. Sans ça, tu achètes une hausse déjà faite.

Un gap en unité de temps 5 minutes compte-t-il ?

Techniquement oui, toute zone non cotée entre deux bougies est un gap. Sur un marché liquide en séance, ils sont rares et minuscules, et la typologie commun, rupture, continuation, épuisement est pensée pour le graphique journalier. En intraday, ce que tu vois s’appelle le plus souvent un fair value gap, qui se lit autrement.

Le gap du lundi matin sur le CAC 40 vient d’où ?

L’indice au comptant s’arrête au fixing de clôture, alors que Wall Street cote jusqu’à 22h heure de Paris et que le future CAC 40 reste ouvert jusqu’à 22h aussi. Ajoute la séance asiatique du lundi matin et l’actualité du week-end : à 9h00, l’indice rattrape d’un coup tout ce qui s’est passé depuis vendredi 17h35. Le future, lui, a déjà digéré une partie du mouvement dès 8h00.

Qu’est-ce qu’un îlot de retournement ?

Un paquet de quelques bougies isolé par deux gaps en sens contraire : un gap d’épuisement à l’entrée, un gap de rupture à la sortie. Le prix a coté sur une île, puis l’a quittée sans repasser par la zone intermédiaire. C’est un signal de retournement fort, à condition que le second gap soit accompagné de volume.

SOURCES

  1. Horaires de négociation et calendrier des jours de fermeture des marchés Euronext
    Euronext, consulté le 05/09/2026
  2. Horaires de négociation des marchés dérivés Euronext, dont le future CAC 40 (FCE)
    Euronext, document consulté le 05/09/2026
  3. Horaires de négociation CME Globex, pause quotidienne et calendrier des jours fériés
    CME Group, consulté le 05/09/2026
  4. Lancement de la négociation 24 h/24 et 7 j/7 des futures et options sur cryptomonnaies
    CME Group, communiqué du 01/06/2026
Benoist

Benoist

12 ans sur les marchés, dont 4 en risk management chez un courtier CFD. Trade pour son compte depuis 2021, sept challenges prop firm au compteur. Certifié AMF. Ne vend ni signaux ni formation.

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